|
Pour des entreprises citoyennes en Afrique
L’Afrique connaît de nombreux problèmes : développement économique, santé, chômage, leur liste ainsi que celle des solutions qui ont été envisagées pourraient, si elles étaient mises bout à bout, relier Cape Town à Alger !
Il apparaît clairement aujourd’hui, qu’il n’y a pas de solution miracle mais des additions de solutions, qu’il n’y a pas un acteur miracle mais une somme d’acteurs.
L’un d’entre eux, peu concerné et/ou peu cité aujourd’hui, est l’Entreprise. Un acteur majeur et qui pourrait, mieux que certaines ONG, apporter sa pierre à l’édifice en devenant l’ambassadeur de certaines causes assez structurantes.
L’Entreprise peut et doit prendre une place plus importante dans le développement de l’Afrique et des africains.
Tout d’abord, car celui ou celle qui travaille en Afrique constitue encore l’incarnation de la réussite et, à ce titre, est écouté par son entourage. Les vies de beaucoup de gens dépendent de lui et il incarne au sein de sa famille celui qui « est ».
Il est aussi, par son activité professionnelle, son niveau d’études et l’environnement dans lequel il évolue, celui qui entend et comprend le mieux la communication mondialisée, et donc, est susceptible de devenir l’ambassadeur de certaines causes dans sa famille élargie.
A Abidjan, des salariés d’un hôtel appartenant à une chaîne internationale ont décidé de mettre en place une campagne de dépistage du diabète au sein de l’entreprise. A l’issue de cette campagne, les personnes concernées ont compris qu’elles pouvaient vivre très longtemps à condition d’avoir une hygiène de vie exemplaire.
De leur propre chef, ils ont diffusé autour d’eux l’information : un salarié, pour avoir parlé de son expérience à son entourage, a permis à l’un de ses amis de diagnostiquer la « malédiction » qui frappait leur fils de 10 ans. L’enfant était né diabétique et depuis sa naissance le moindre excès de sucre entraînait des crises.
Au Mali, ce sont des salariés de plusieurs entreprises qui se sont regroupés et ont fait appel à une ONG qui les a formé sur les dangers du sida et sur la pédagogie pour vanter les bénéfices de l’usage du préservatif : à leur retour en entreprise, ils sont devenus des ambassadeurs de cette cause auprès de leurs collègues.
Ce ne sont là que 2 exemples, et les possibilités sont nombreuses et dépassent largement le cadre des problèmes de santé.
La corruption, gangrène de l’Afrique
Une société de télécoms, sur nos conseils, a décidé non seulement de licencier sur le champ tout salarié attrapé « la main dans la caisse », mais également de le poursuivre en justice afin d’en dissuader les autres.
Cette gangrène de l’Afrique est actuellement totalement banalisée. Dans une banque de développement d’Afrique Centrale, les collaborateurs vous disent très tranquillement que, comme leurs supérieurs hiérarchiques, ils se servent dans la caisse dès qu’ils en ont l’occasion. L’exemple venant de plus haut, les salariés de tous niveaux érigent la corruption en complément de salaire récurrent.
Les entreprises doivent devenir exemplaires dans l’éradication de ce fléau. Ce n’est pas seulement pour être une entreprise citoyenne que les entreprises doivent organiser une chasse sans merci à la corruption, c’est aussi l’une des conditions de leur rentabilité.
La corruption va à l’encontre de la nécessité d’efficacité des entreprises.
Les entreprises, protectrices des femmes
Dans une grande institution bancaire de la place en Afrique, il est écrit dans le règlement intérieur que si 2 salariés se marient, l’un des 2 doit quitter l’entreprise.
Ce règlement a eu comme effet de freiner les ardeurs de la plupart des hommes.
Les femmes, quant à elles, accèdent maintenant à des postes à responsabilités sans être obligées de passer par la promotion « canapé ». Les entreprises doivent les protéger en mettant en place des règles et systèmes leur permettant de résister au harcèlement sexuel.
Le respect des femmes, la possibilité pour elles de prendre leur véritable place dans le système économique est aussi l’une des conditions de développement de l’Afrique.
Une vraie démocratie et non du clanisme
A Abidjan, des salariés d’une entreprise de télécoms ont fait l’apprentissage de la vraie démocratie et non du « clanisme ».
Grâce à un prélèvement sur les salaires et une participation financière de l’entreprise, le Comité d’Entreprise s’est retrouvé avec beaucoup d’argent. Pour décider de la manière dont cet argent sera utilisé, des votes sont organisés régulièrement pour nommer l’équipe dirigeante du CE. Compte tenu de l’impact direct de la compétence des personnes élues sur le portefeuille des électeurs, la compétence seule a été privilégiée et non l’appartenance ethnique.
Mais tout cela n’est-il par contradictoire avec la mission première des entreprises qui est avant tout de créer de la richesse ?
Ce n’est pas notre conviction, bien au contraire, ce que nous prônons, c’est un management exemplaire, levier de croissance !
Etre exemplaire
Les dirigeants d’entreprise en Afrique, expatriés ou non, n’ont rien à envier en termes d’avantages et de rémunérations à ceux des pays d’Europe.
Que ses dirigeants soient irréprochables, c’est la moindre des choses vis-à-vis d’un continent qui leur permet de connaître de belles croissances (40% de croissance dans les télécoms par exemple en 2008).
Etre exemplaire, cela veut dire être un modèle et appliquer sans faille l’ensemble des outils et des fondamentaux du management.
Etre exemplaire dans leurs attitudes et comportements avec les femmes de leur entreprise, dans leurs attitudes avec leurs collaborateurs, basé sur le respect humain quel que soit leur niveau hiérarchique.
Etre exemplaire dans le partage de l’information, et augmenter ainsi le niveau de culture générale de tous.
Etre exemplaire dans la lutte contre les maux de l’Afrique.
L’entreprise est un lieu d’excellence qui peut diffuser sur tout le continent de bonnes pratiques, de bonnes attitudes. Angélisme de notre part ? Non, c’est tout à fait réaliste : les entreprises citoyennes existent en Europe, elles militent pour la protection de l’environnement, pour la diversité, pour la parité et quelques entreprises du continent commencent à l’appliquer, même si parfois cela constitue plus une démarche marketing qu’une réelle volonté de changer les choses.
En Afrique, elles doivent œuvrer pour valoriser d’abord le capital humain : ainsi constitué, il leur apportera la croissance économique.
Saïd AGBANRIN et l’équipe Mane Gere Afrique
Toute l'Actualité
|